Lee Ufan Arles
Devant les noirs et les blancs de The Isle, on croit voir des récifs vus d’avion, des îles perdues dans des océans lointains où des êtres vivent à l’écart du monde. On devine l’écume des vagues au bord des rivages, et l’on attribue aux dégradés de gris l’indication de la profondeur des fonds sous-marins. A travers ces lignes, on éprouve l’envie de chercher des silhouettes, comme on le fait dans les nuages ou devant des cartes géographiques. Mais c’est en chasseur d’images, que Tadzio s’est saisi de ces traces dans les boursouflures des murs, telles des graffitis en relief sur la peau de la ville, réminiscences fantasmées d’un lieu où il n’ira jamais. Avec sa nouvelle exposition, Umwelt, Tadzio nous fait perdre toute certitude et nous invite à des questionnements sur le monde contemporain et sur l’expérience de l’abstraction.
Cette archéologie imaginaire se poursuit avec la série d’héliogravures sur cuivre Umwelt, qui donne son titre à l’exposition – un emprunt à Jakob von Uexküll pour désigner le fait que des organismes partageant le même environnement sensoriel peuvent faire l’expérience de différents mondes propres. De retour dans l’atelier, une rareté pour un artiste plus habitué à travailler dans la rue, Tadzio a surimposé aux images de The Isle des vues d’humus réalisées au microscope par Nicolas Bernier, un chercheur du Museum national d’Histoire naturelle. Les fluorescences ici laissées visibles à la surface du papier coton, sont des traces qu’émettent les organismes vivants. Cette manipulation produit des bleus éclatants, des oranges et des rouges chatoyants, des verts et des jaunes stridents qui rappellent des fonds sous-marins ou des éruptions volcaniques. Avec le geste du peintre plutôt que celui du photographe, Tadzio livre une troisième image qui entrelace les échelles, les temporalités et les géographies. Ce sont des paysages qui n’existent pas, nés du monde autour de nous.
Anaël Pigeat
Facing the blacks and whites of The Isle, one could imagine seeing reefs from an aeroplane, islands adrift in distant oceans or beings living apart from the world. The sight of foam along the coastline suggests varying shades of grey that hint at the depths beneath the water’s surface. Through these lines arises a longing to discern silhouettes, as one does in clouds or in front of geographical maps. However, it is as an image-hunter that Tadzio captured these traces in the bulges of the wall, akin to embossed graffiti on the city’s skin—imagined reminiscences of a place he will never visit. With his new exhibition Umwelt, Tadzio unsettles all certainty and prompts us to question our contemporary world and the experience of abstraction.
This exploration of imaginary archaeology continues with a copper heliogravure series titled Umwelt, which lends its title to the exhibition—a term borrowed from Jakob von Uexküll to emphasise that organisms sharing the same sensorial environment can experience different worlds of their own. Back in the studio—an untypical setting for an artist working predominantly in the street—Tadzio superimposed the images from The Isle onto views of humus captured by Nicolas Bernier, a researcher at the Muséum national d’Histoire naturelle. The fluorescences visible on the cotton paper’s surface are traces left by living organisms. This manipulation produces radiant blues, shimmering oranges and reds, and shrill yellows recalling underwater realms or volcanic eruptions. With the gesture of the painter more than that of the photographer, Tadzio proffers a third image that intricately weaves scales, temporalities and geographies. They are landscapes that do not exist, yet born from the world around us.
Anaël Pigeat





