Abîme @Parietism

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Depuis une quinzaine d’années, je photographie les affiches déchirées dans les souterrains du métro. Cela a donné lieu à une série « Figure in motion » en 2010 pour laquelle j’ai utilisé l’oeuvre de Jean-Charles Blais en mutation à la station Assemblée Nationale. Oeuvre tristement disparue depuis. En 2018 les tirages de la série « Scars » (photographies cyanotype d’affiches déchirées) ont été offerts au public pour le projet «C’est Parti de deux mots : Taki 183».

Le pariétisme, mouvement initié par Camille Sauer, s’attache à imposer un système d’écriture artistique au sein de la ville. En plus de prendre des photographies je vais m’appliquer à les rendre à la ville sous forme d’un langage sous-terrain. Pour ce nouveau projet « Abîme », le procédé se déroule en 3 temps : Photographier des affiches déchirées et en faire des tirages : à la fois capturer un temps cours d’existence d’un objet peut-être devenu oeuvre ; et aussi s’attacher à ces fragments de société « Scars » partiellement abstraits sur lesquels des inconnus ont interféré. Apposer ces tirages sur des affiches intactes : il s’agit d’un acte intrusif mais non destructeur. Généreux aussi puisqu’il s’agit de donner plutôt que de prendre/supprimer : une image qui d’ailleurs pourra être emportée (arrachée) par un passant s’il décide de l’arracher du mur. Augmenter, rehausser une publicité dont le propos parait particulièrement inintéressant. Discret puisque face à une image 4 x 3 m, le tirage ne mesure que 14 x 17,5 cm. Déplacer une image sur une autre et ainsi lui donner du mouvement et donc du temps. Reste le choix de la position du tirage dans la publicité : au grès des slogans et des images. Photographier ces tirages sur ces images (le travail du photojournaliste) : donner une existence au projet dans le temps (l’archiver) en photographiant la photographie d’une photographie. Le photojournaliste est lui-même un vecteur du système publicitaire auquel personne n’échappe puisque son travail représentera inévitablement les publicités augmentées. Un travail de mise en abîme de l’image publicitaire qui fait bien sûr référence au travail de Jacques Villeglé, pour qui le véritable artiste est le lacérateur anonyme. Villeglé emporte puis recadre en découpant les affiches lacérées par d’autres. Je vais également recadrer (photographiquement) mais mon appropriation sera de courte durée puisque je rendrai ses images à la ville dans un geste politique et symbolique. Abîme veut rendre les images au public sans abimer mais en donnant du temps : temps de réflexion sur l’imagerie publicitaire et sur les réactions qu’elle engendre. Egalement immiscer du temps dans un objet éphémère, lui donnant ainsi statut d’oeuvre.

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