la France

Tadzio, la FranceEntre 1984 et 1989, la mission photographique de la DATAR a permis à 29 photographes de sillonner la France dans le but de représenter le paysage français. Il s’agissait plus d’une expérience du territoire marqué par la déambulation. Si cette mission s’était poursuivi on peut imaginer qu’elle aurait aboutie à une vision exhaustive et continue de la France.
A l’ère de Google street view, il n’est plus nécessaire de se déplacer pour accéder à l’image d’un lieu. Les outils numériques de cartographie permettent de préparer un voyage et de rechercher le « spot » idéal par survol des paysages. On passe instantanément d’une ville à l’autre sans notion de durée. D’ici peu il devrait même être possible de s’immerger n’importe où en 3D.
Dans ce contexte, que devient aujourd’hui le sens d’une mission photographique ?
En réaction et en dialogue avec ces outils numériques exceptionnels, mon travail artistique s’attache à mettre en jeu le temps, le corps et le hasard. Dans une époque envahie par la simultanéité, la vitesse et une ubiquité pour partie illusoires, je m’attache à produire des oeuvres selon des processus de création longs et complexes. Chaque série d’images relève d’un protocole précis qui engage la durée.
Pour le projet la France j’ai sélectionné un point au hasard sur la carte de France : La Chapelle Orthemale, dans l’Indre. Ce sera le point de départ d’une couverture géographique et photographique discontinue à travers la France : à partir de ce village, j’ai quadrillé le territoire français selon une matrice carrée de 100 km de côté. A chaque point, une photographie avec un objectif 100 mm, au niveau de l’horizon. L’appareil photographique est pointé vers le nord, comme pour regarder le point situé 100 km au-dessus. Les photographies n’ont pas de punctum (ou alors c’est un hasard, justement) car le cadre en est contraint par : le point GPS, l’orientation cardinale et la focale utilisée. Ce projet allie donc contrainte forte et hasard, corps et temporalité : quelque soit l’accessibilité du lieu, son environnement, son cadre, je me donne rendez-vous là et nulle part ailleurs …
L’ensemble des 52 images ainsi obtenues formera une collection qui ne représente pas le paysage français des années 2010 au sens esthétique ou social. Il ne sera pas non plus question d’en saisir la physionomie ou le rythme. Cette oeuvre arpentée propose un scan non continu de la France, avec une objectivité construite.